À propos de l’œuvre
Le piano de Spleen tourne sur un petit dessin qui semble ne jamais trouver son repos. Dès la deuxième mesure, la main droite attend un quart de soupir tandis que la gauche reprend son mouvement. Ce léger décalage donne à la pluie du poème une présence insistante. Au-dessus, la voix entre sans éclat sur « Il pleure dans mon cœur » : le malaise a déjà commencé avant les premiers mots.
Fauré compose cette mélodie en 1888 sur un poème de Paul Verlaine, puis la publie chez Hamelle comme troisième numéro de l’opus 51. Le texte cherche la cause d’une tristesse qui n’en a pas : aucune trahison, ni amour ni haine à nommer. Le dessin initial alterne avec des passages en triolets pendant que la voix traverse les quatre strophes. Ses changements de nuance peuvent faire entendre une protestation passagère, mais ils ne dissipent pas la peine.
Tenir le mouvement sans brouiller les mots
Au piano, commencez par jouer les deux mains très lentement en gardant leur décalage exact. La main droite doit rester souple ; inutile d’accentuer chaque entrée pour montrer qu’elle arrive après la gauche. Ajoutez ensuite la ligne grave, dont les notes plus longues demandent une écoute distincte. Une pédale trop généreuse fondrait ces trois plans dans la même résonance.
Pour la voix, préparez les consonnes sans les laisser casser les liaisons du texte. L’indication Andante quasi allegretto appelle une marche assez vive : alourdir chaque syllabe rendrait la phrase essoufflée. Travaillez particulièrement « sans raison » et la dernière strophe ; le souffle doit conduire la pensée jusqu’au bout, même lorsque la nuance se retire.
À propos de cette édition
Formation : voix et piano.
À télécharger : PDF imprimable et MIDI d’écoute.
Source et droits : gravure OpenScore Lieder sous CC0 1.0, d’après le troisième recueil de mélodies publié par Hamelle vers 1908, édition B pour voix aiguë, conservé par IMSLP. La musique de Fauré et le poème de Verlaine sont dans le domaine public.